Éclairer la liberté

« L’évangéliste Luc raconte que « comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé… il prit résolument le chemin de Jérusalem » (Lc 9, 51). Dans l’expression « résolument », nous pouvons entrevoir la liberté du Christ. Il sait en effet que la mort sur la croix l’attend à Jérusalem mais, par obéissance à la volonté de son Père, il se donne lui-même par amour. C’est à travers son obéissance au Père que Jésus réalise sa propre liberté comme choix conscient motivé par l’amour. Qui est plus libre que Lui, qui est le Tout-puissant ? Cependant, il n’a pas vécu sa liberté comme la faculté d’agir à sa guise ou comme une domination. Il l’a vécue comme un service. Il a ainsi « rempli » de contenu la liberté, qui autrement resterait une possibilité « vide » de faire ou de ne pas faire quelque chose. Comme la vie même de l’homme, la liberté trouve son sens dans l’amour. Qui est en effet le plus libre ? Celui qui garde pour lui toutes les possibilités de peur de les perdre, ou celui qui se donne « résolument » dans le service et se retrouve ainsi plein de vie en raison de l’amour qu’il a donné et reçu ?

Écrivant aux chrétiens de Galatie, aujourd’hui en territoire turc, l’Apôtre Paul déclare : « Vous en effet, mes frères, vous avez été appelés à la liberté ; seulement que cette liberté ne se tourne pas en prétexte pour la chair ; mais par la charité mettez-vous au service les uns des autres » (Ga 5,13). Vivre selon la chair signifie suivre la tendance égoïste de la nature humaine. Vivre selon l’Esprit signifie en revanche se laisser guider dans ses intentions et ses actions par l’amour de Dieu, que le Christ nous a donné. La liberté chrétienne est donc loin d’être arbitraire ; elle signifie marcher à la suite du Christ dans le don de soi jusqu’au sacrifice de la Croix. Cela peut sembler paradoxal, mais le Seigneur a vécu l’apogée de sa liberté sur la croix, comme sommet de l’amour. Lorsqu’on lui criait, alors qu’il était sur le Calvaire : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la Croix ! », il démontra sa liberté de Fils précisément en restant sur l’échafaud pour accomplir jusqu’au bout la volonté miséricordieuse du Père. (…) « La vérité vous rendra libres ». Celui qui appartient à la vérité ne sera jamais esclave d’aucun pouvoir, mais saura toujours se faire librement le serviteur de ses frères. »

Benoît XVI, Angélus du dimanche 1er juillet 2007

  1. Dans quelles circonstances ai-je pu prendre conscience de ma liberté ou de mon manque de liberté ?
  2. De quelle manière l’amour de l’autre, l’amour de Dieu me rendent-ils libre ? De quelle manière cette liberté me rend-elle capable d’aimer en vérité ?

DÉVELOPPER L’HOSPITALITÉ (2ème dimanche)

« L’hospitalité est l’une des valeurs les plus hautement estimées dans l’Écriture, comme dans l’ensemble du monde antique. Selon Possidius, son ami et premier biographe, Augustin la pratiquait généreusement. (…) Elle est une forme de la solidarité. Elle était l’un des services que les hommes se devaient les uns aux autres.  Quand Augustin en vient à expliquer l’injonction du Christ : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive » (Jn 12, 26), il en voit l’expression première dans la miséricorde envers autrui : « Ce que tu as fait aux moindres des miens, c’est à moi que tu l’as fait » (Mt 25, 40). Il précise : « Tous les chrétiens sont appelés à ce service !» Mais ce n’est pas là la seule expression de l’hospitalité.
A regrouper de façon ordonnée la réflexion d’Augustin sur le sujet, on peut dégager trois dimensions : l’écoute, le service, le mystère. L’hospitalité se traduit d’abord par une écoute désarmée, où l’on se rend disponible à l’autre.  Elle ne requiert aucune parole, mais demande qu’on prête l’oreille à la parole ou simplement à la présence de l’autre. On pourrait parler ici, avec Jean-Louis Chrétien, de « l’hospitalité du silence ». Cette première attitude — une présence toute gratuite —, doit en certaines circonstances se concrétiser dans le service. Certes, l’écoute est déjà un service, parfois le plus urgent. Mais il arrive aussi que l’autre sollicite une aide d’urgence, ou une assistance physique, quand il est dans un état de détresse, ou frappé par la maladie, aide pour laquelle nul ne peut se substituer à moi. Enfin, l’hospitalité comporte un enjeu inaperçu, que l’on peut désigner par le terme de mystique, dans la mesure où s’y joue, pour Augustin, un rendez-vous invisible avec le Christ. »

Marcel Neusch, Itinéraires augustiniens, n° 34

« Tant à l’échelle de la nation qu’à l’échelle internationale, le modèle de relation entre les êtres humains ne devrait pas être le conflit ou la compétition, ni même le commerce. Ce devrait être l’hospitalité. Pour cela, il importe que chacun habite sa maison et habite en lui-même. »

Éric de Moulins-Beaufort, Le matin, sème ton grain, p. 57

« Que demeure l’amour fraternel ! N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. »

Lettre aux Hébreux, 13,2.

  1. À la lumière de ces textes, quelles formes peut revêtir l’hospitalité ?Au cours des derniers mois, nous avons pu être privés de l’expérience de l’hospitalité, d’accueillir ou d’être accueilli. Comment cela nous fait-il redécouvrir la nécessité de l’hospitalité ?
  2. Comment comprendre que dans l’hospitalité se joue « un rendez-vous invisible avec le Christ » ?

Fortifier l’intériorité… (1er dimanche)

« Je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom. Lui qui est si riche en gloire, qu’il vous donne la puissance de son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur. Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu ».

Epître aux Ephésiens 3, 14-19

« Car vous voyez là, mes frères, un grand mystère. Le son de nos paroles frappe les oreilles ; le maître est à l’intérieur. Ne croyez pas qu’un homme puisse apprendre quelque chose d’un autre homme. Nous pouvons vous avertir en faisant du vacarme avec notre voix ; s’il n’y a pas à l’intérieur quelqu’un pour vous instruire, c’est en vain que nous faisons du bruit.

Alors, frères, vous voulez vraiment savoir ? N’avez-vous pas tous entendu ce sermon ? Combien sortiront d’ici sans avoir rien appris ? En ce qui me concerne, je me suis adressé à tous, mais ceux à qui cette onction ne parle pas à l’intérieur, ceux que l’Esprit Saint n’instruit pas de l’intérieur, ils reviennent chez eux sans avoir rien appris. L’enseignement de l’extérieur, c’est en quelque sorte une aide ou des avertissements ; il a sa chaire dans le ciel celui qui instruit les cœurs. C’est pourquoi il dit lui-même dans l’Évangile : « Ne vous faites pas appeler maître sur la terre. Un seul est votre maître, le Christ » (Mt 23, 8.10).

Qu’il vous parle donc lui-même à l’intérieur, puisqu’aucun homme ne s’y trouve, car même si quelqu’un se trouve à ton côté, il n’y a personne dans ton cœur ? Que dis-je ! Que ton cœur ne soit pas vide de toute Présence ! Que le Christ soit dans ton cœur ! Que son onction soit dans ton cœur, afin que ce cœur altéré ne soit pas dans la solitude et privé des sources où il peut se désaltérer.

Il est donc à l’intérieur, le maître qui enseigne ; c’est le Christ qui enseigne ; c’est son inspiration qui enseigne. Là où il n’y a ni son inspiration ni son onction, nous faisons retentir en vain nos paroles à l’extérieur. Telles sont ces paroles, frères, les paroles que nous faisons retentir à l’extérieur ; elles sont comme les soins du cultivateur pour un arbre. L’homme travaille à l’extérieur : il donne de l’eau et apporte tout son zèle à la culture. Quels que soient les soins qu’il donne à l’extérieur, est-ce lui qui forme les fruits ? Est-ce lui qui revêt la nudité des branches avec l’ombre des feuilles ? Accomplit-il quelque chose de tel à l’intérieur ? »

– Ces derniers mois, quelle expérience de mon intériorité ai-je fait ? Quel est l’homme intérieur dont parle saint Paul ? – Pourquoi est-il nécessaire que se fortifie en nous l’homme intérieur ? Saint Augustin, Homélies sur la première épître de saint Jean III, 13