Le mystère de la condition humaine est pour nous souvent un objet de scandale… ou bien de consolation un peu facile. La Révélation n’évite pas les problèmes mais nous conduit à faire un chemin pour ne pas nous laisser décourager.

Dans l’épisode du Buisson ardent, arrêtons-nous sur l’extraordinaire présence de Dieu à son peuple à travers trois verbes : « J’ai vu… j’ai entendu… je suis descendu ». Toute la foi juive repose sur ce paradoxe d’un Dieu qui se penche sur la misère de son peuple, sur ses cris sous les coups des chefs de corvée et sur ses souffrances ! Le message du carême est porteur de la Bonne Nouvelle de la compassion de Dieu.

Malheureusement, la logique impitoyable de la raison qui cherche des causes et des effets est bien incapable d’embrasser ce mystère de bonté ! C’est pourquoi les hommes s’interrogent sur la cause directe du malheur. Jésus se contente, à l’instar d’ailleurs de toute la Bible, d’innocenter les victimes des épisodes évoqués par son entourage, des Galiléens assassinés et la chute d’une tour : ce n’est pas la conséquence d’un prétendu péché.
Cependant, vouloir s’abstraire du malheur du monde est illusoire. Jésus y insiste en osant dire : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » S’il n’y a pas de causalité directe entre le malheur et notre éventuel péché, néanmoins il y a bien un désordre et Jésus laisse entendre que ce désordre est le résultat aléatoire de notre lourdeur et nos ambiguïtés spirituelles plus ou moins conscientes.

La communion est ce qui nous relie les uns aux autres dans une solidarité dans le bien… mais aussi dans le mal ; qu’elle soit invisible n’est pas l’affaire. C’est notre foi en cette communion qui constitue le point d’appui grâce auquel nous pouvons changer quelque chose au sort du monde, par nos efforts quotidiens.

Père Richard ESCUDIER