Dans la logique du pardon évoqué dimanche dernier à propos de la correction fraternelle entre disciples, une question jaillit de la bouche de Pierre : combien de fois doit-il pardonner son frère qui pèche contre lui ? Dans le fond, jusqu’où faut-il aller ?
« Sois indulgent pour celui qui ne sait pas » propose le livre de l’Ancien Testament Ben Sirac le Sage. N’est-ce pas l’expression qu’utilisera Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ?

Rappelons-nous aussi l’expression de saint Paul dimanche dernier : « N’ayez de dette que celle de l’amour ». Face à la logique de la violence et de la surenchère sans fin, Jésus propose la seule ressource possible : l’amour qui permet non pas tant d’effacer, que de traverser l’offense. Le pardon ouvre l’avenir, il rend possible le futur.

Pensons enfin au Notre Père : « Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs » ; Jésus dit au serviteur impitoyable : « Je t’avais remis ta dette… ne devais-tu pas à ton tour avoir pitié… » : Jésus annoncera sa passion en utilisant l’expression équivalente du « il faut » : « il faut que le Messie soit tué » ? Dans le fond, en remettant la dette de son serviteur, le Seigneur lui-même se renonce en quelque sorte et invite à faire de même : le commandement de pardonner a du sens car Dieu est le premier à pardonner… et surtout à en payer le prix. C’est ce qu’il y a de plus difficile ; la vraie justice invite à payer de sa personne !

Père Richard ESCUDIER